Ne croire qu’en un dieu est un précepte né des religions monothéistes, s’opposant à ce que les chrétiens appelaient encore, fût un temps, le paganisme. Vénérer des idoles semble être interdis. « Tu ne te feras pas d’idole » ordonnait Dieu dans les dix commandements.
Cette prohibition de l’idole ne semble pourtant pas être appliquée de la même manière partout. La différence entre les religions chrétiennes et l’Islam peut rapidement se faire en cherchant Jesus et Allah sur Internet. Si les représentations de Jesus sont nombreuses, celles d’Allah sont inexistantes. L’explication est faite par la prohibition des images cultuelles dans l’Islam dès le IX ème siècle. L’art islamique s’est alors propagé, non pas dans sa représentation de l’icône mais dans l’architecture, la calligraphie ou la céramique. On peut le voir dans les mosquées avec la présence d’un Mihrab, sur le mur de la Qibla, comme forme de matérialisation du prophète sans pourtant le représenter. L’ambiguïté de ce qui est, ou non, de l’idolâtrie, est une des raisons majeures de la querelle entre les religions occidentales et orientales, l’Islam considérant les religions chrétiennes comme polythéistes.
Ainsi l’idolâtrie n’est autre que l’adoration d’images, d’idées ou d’objets ; et l’idole, la représentation d’une divinité qui est l’objet d’un culte d’adoration. Chez les croyants monothéistes, Dieu n’est pas une idole, l’idole n’est qu’une fausse représentation de Dieu. Cet état de fait est lié au Veau d’Or, qu’on image avec la peinture de Nicolas Poussin, L’adoration du Veau d’or. Cet épisode de la bible marque une cassure effective avec l’idolâtrie polythéiste. Chez les polythéistes, les divinités sont représentées par des statues érigées en leur honneur. Les polythéistes de l’Antiquité vouaient cultes à leurs dieux, comme avec la construction de La statut chryséléphantine de Zeus à Olympie. Ce culte de la représentation est donc à l’opposée des religions monothéistes. C’est ici qu’apparaît l’Annonciation à Marie de Botticelli. Si représenter Dieu est blasphème, représenter des événements bibliques n’en est pas. Ce tableau ne vouant pas culte à Dieu, c’est l’art figuratif qui a sa place, pas l’idolâtrie.
Pourtant, en regardant la définition d’idolâtrie sur internet, deux versions émergent. Idolâtrer signifierait adorer. Hollywood est l’exemple parfait de cette nouvelle définition où les stars telles que Marilyn Monroe sont devenus idoles. Le diptyque de Marilyn Monroe la présente en tant qu’idole, non pas d’une figure religieuse mais comme individu propre. Dans cette continuité, nous pouvons aussi voir des hommes se tatouer des personnalités célèbres, comme avec le tatouage de Johnny réalisé par Manu Badet. Pourtant, la situation a évolué. D’une idole adorée, elle est vite passée à une idole dont on veut tout voir, même le plus intime. La création du métier de paparazzi en est déterminante. En cherchant sur internet, une personne lambda peut maintenant découvrir l’intimité de Justin Bieber. Cette intrusion dans la vie d’une personne célèbre, cette représentation d’une idole jusqu’à dans sa peau est à l’opposée même des croyances religieuses. Pourtant, un parallèle persiste par la façon dont l’Homme cherche toujours quelque chose ou quelqu’un afin de pardonner ses pêchers, afin de soulager un certain désir du voyeurisme ou de justifier une idéologie ; afin de se représenter.
Durant le nazisme, Hitler s’est placé comme une idole et le racisme comme une idolâtrie à prôner, justifiant ainsi une idéologie naissante. Nous avons choisi d’étudier la croix gammée et non pas une représentation d’Hitler pour une raison simple — l’importance d’un symbole qui, tout d’abord religieux pour finir haineux, crée un lien clair dans notre analyse par l’ambiguïté qu’il propose avec la religion. Si Hitler est une idole, il y aurait quelque chose de plus grand encore : la race Aryenne. Et de ce but d’une race nouvelle, la croix gammée en était le point de rassemblement. Idolâtrer permet de se rassembler autour d’une idée. C’est ce drapeau, entourant le bras des soldats, habillant des bâtiments, qui justifiait une telle haine envers d’autres communautés.
L’idolâtrie chez l’homme est un sujet immense et sa représentation est encore plus ambiguë, quelque soit les époques. L’idole dépasse l’homme et sa représentation peut atteindre des extrêmes. Tous les moyens sont bons pour les rapprocher de nous, pour nous y faire ressembler. Mais rien n’est assez suffisant, semblerait-il, et l’évolution est constante.